Digitales

Digitales. Festival Une édition condensée qui fait la part belle aux indépendants.
Retour de Flash

Par Marie LECHNER
vendredi 23 avril 2004



www.flashfestival.net
Soirée de remise des prix,
le 8 mai à 19 h 30 au centre Pompidou. Réservation obligatoire.

endez-vous annuel de la scène Flash francophone, le Flash festival avait-il encore une raison d'être en pleine déconfiture du secteur ? L'année passée a été funeste pour de nombreux studios. Y compris les plus populaires d'entre eux comme OEil pour oeil (qui vient tout juste de renaître sous le nom de OPO), ou TeamcHmAn : licenciements à tour de bras, recentrage sur les productions commerciales au détriment de la création artistique. Privés des fers de lance de la french touch, les organisateurs du Flash festival ont eux-mêmes commencé à douter. D'où cette décision de transformer l'événement en biennale tout en maintenant une compétition en ligne annuelle. «On propose cette année une version condensée pour mieux préparer l'édition 2005, plus ambitieuse, qui se déroulera sur deux jours, avec des performances, expos, projections autour du thème du Net-art», explique Guylaine Monnier, directrice artistique.

Succès surprise. L'édition 2004 se limitera donc à une remise des trophées, le samedi 8 mai, précédée d'une performance. Pourtant, la soirée de clôture affiche d'ores et déjà complet. «Les 500 places sont parties à toute vitesse, là on entame la liste d'attente.» Pareil pour le Prix du public. En deux jours, ils sont déjà plus de 500 à avoir voté en ligne.

Contre toute attente, le nombre d'oeuvres envoyées a lui aussi sensiblement augmenté, avec plus de 550 soumissions (une centaine de plus que l'an passé). «C'est vrai qu'il y a un décalage par rapport à la réalité économique. On pensait qu'il y aurait moins de projets, que la qualité s'en ressentirait, on s'est trompé, reconnaît l'organisatrice. Peut-être parce que toute période de crise est propice à la créativité.» Seule incidence palpable parmi les 16 finalistes, l'absence des poids lourds fédérateurs au profit d'artistes indépendants, pas des noms familiers mais une tripotée d'anonymes à découvrir.

La catégorie «art» s'étoffe et n'hésite pas à faire le grand écart entre Perte de temps de Julie Potvin, illustration graphique léchée du poème l'Horloge de Baudelaire et l'interface abrupte d'Auto Dungeon, de Laurent Rodriguez, un jeu vidéo textuel, dont l'auteur a éradiqué tout graphisme. L'utilisateur se promène dans l'environnement quotidien de l'auteur, déambule dans son appartement, son corridor encombré de vêtements sales, son salon jonché de bouteilles de bière. A l'aide des descriptions qui défilent, il construit mentalement le décor de ce jeu d'aventure-réalité croisant, au cours de sa quête, sorciers, guerriers et autres caricatures de jeux vidéo qu'il combat à force d'incantations et de magie. Un jeu qui laisse l'imagination reprendre le pouvoir sur l'image.

Détails trompeurs. Plus déstabilisant encore, le jeu de l'artiste russe Olga Kisseleva. Le principe est, en apparence, simple : il suffit de (bien) répondre à la question «Where are you ?». Au centre, une photo, autour, une flopée de noms de villes. La mission : cliquer sur celle où la photo a été prise. L'oeil affûté, on part à la recherche du moindre détail susceptible de nous donner un indice. Mais, dans notre société globalisée et standardisée, les signes de reconnaissance sont au mieux inexistants, au pire induisent en erreur. Exemple, ce mur surmonté de barbelés n'a pas été saisi à Jérusalem mais à Cannes, ce groupe de femmes noires en boubou, ce n'est pas Dakar mais Paris, ce mur de briques rouges graffité qui évoque Brooklyn se trouve à Nice. Olga s'amuse à nous fourvoyer et joue de nos visions stéréotypées.

Concourant pour le prix spécial Pompidou, consacré cette année aux «mots mis en scène», l'artiste belge, Michel Cleempoel, immerge son auditeur dans des bribes de phrase inachevées et le brouhaha exaspérant des sonneries de téléphone : Mal_entendus évoque le drame de ces mots qui n'arrivent pas à destination, à l'ère du tout communiquant.

Atomes accrocheurs. Quant aux enfants, deux très jolis projets devraient gagner leur suffrage, le chat Chimboz (Libération du 2 avril 2004) et ses créatures toutes rondes et rigolotes, et le psychédélique Boohbah. Programmée sur Canal +, Boohbah est «la» nouvelle émission pour bambins produite par la créatrice des Teletubbies. Pas de Tinky Winky ou de Dipsy, mais cinq atomes aux couleurs vives qui font d'étranges gargouillis quand on les chatouille. Le site signé Poisson rouge, où l'on navigue tout en douceur autour d'une spirale arc-en-ciel, propose une étonnante gamme de jeux pour les petiots (reconnaissance des couleurs, jeux musicaux, boîte à surprises). Intuitifs et très bien conçus, ils ne nécessitent pas une ligne d'explication même si leur forme est souvent expérimentale. Très captivant, même pour les grands.

 

© Libération